Se renseigner sur une entreprise avant un entretien : la méthode en 45 minutes
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Un recruteur repère en une phrase si vous avez lu la page « À propos » ou si vous avez vraiment cherché à comprendre son entreprise. La différence ne tient pas au temps passé — 45 minutes suffisent — mais à ce que vous cherchez.
La plupart des candidats collectent des faits : chiffre d'affaires, date de création, nombre de salariés. Ces informations ne servent à rien en entretien. Personne ne vous demandera l'année de fondation. En revanche, on vous demandera pourquoi cette entreprise-là, et ce que vous pensez pouvoir y apporter.
Que faut-il vraiment savoir sur une entreprise avant un entretien ?
Trois choses, et trois seulement : ce qu'elle vend et à qui, ce qui a changé pour elle ces douze derniers mois, et à quel problème votre poste répond. Le reste est du décor. Ces trois éléments nourrissent une réponse crédible à toutes les questions sur l'entreprise, et ils tiennent sur une demi-page de notes.
Les six sources qui comptent
Par ordre d'utilité décroissante. Les deux premières valent à elles seules la moitié du travail.
- L'offre elle-même, relue trois fois. Les verbes employés, les compétences répétées, l'ordre des missions : tout y est déjà. Une offre qui cite « autonomie » quatre fois vous dit ce qui a manqué au prédécesseur.
- Le site de l'entreprise, mais pas la page « À propos » — les pages produit, tarifs et clients. Elles disent qui paie, et pour quoi.
- Le LinkedIn de l'entreprise, filtré sur les trois derniers mois. Les publications récentes révèlent les priorités actuelles, pas celles du plan stratégique affiché.
- Les profils des personnes qui font déjà votre métier chez eux. Leur intitulé exact, leur parcours, leur ancienneté : vous saurez si le poste est un remplacement ou une création.
- La presse spécialisée de leur secteur, sur six mois. Levée de fonds, rachat, nouveau concurrent, changement réglementaire : un événement récent est un point d'entrée idéal.
- Les avis de salariés, à lire avec distance. On n'y cherche pas un verdict mais des motifs récurrents : un même reproche revenu quinze fois mérite une question de votre part.
Combien de temps faut-il y consacrer ?
Quarante-cinq minutes, réparties ainsi : quinze sur l'offre et le site, quinze sur LinkedIn et les profils, dix sur l'actualité du secteur, cinq pour rédiger vos notes. Au-delà d'une heure, vous accumulez des informations que vous ne saurez pas replacer. La contrainte de temps est ce qui vous force à ne garder que l'utile.
Comment transformer ces recherches en phrases utilisables ?
C'est l'étape que presque tout le monde saute, et pourtant la seule qui compte. Une information non formulée à voix haute ne sortira pas le jour J. Écrivez trois phrases, pas une de plus.
- Une phrase sur ce que fait l'entreprise, dite comme vous l'expliqueriez à un ami : si vous n'y arrivez pas, vous n'avez pas compris leur métier.
- Une phrase reliant un événement récent de l'entreprise à votre poste : « vous venez d'ouvrir un bureau à Lyon, et ce poste est le premier du site ».
- Une question à poser en fin d'entretien, qui prouve la lecture sans chercher à impressionner. Notre article sur les questions à poser au recruteur détaille lesquelles fonctionnent.
Faut-il citer ses sources pendant l'entretien ?
Oui, brièvement, et une seule fois. « J'ai vu votre publication sur le lancement de… » vaut mieux qu'une allusion vague, parce que c'est vérifiable. Mais répéter à chaque réponse que vous avez fait vos recherches produit l'effet inverse : cela ressemble à un exercice scolaire plutôt qu'à un intérêt sincère.
Quelles erreurs se voient immédiatement ?
- Réciter la page « À propos ». Le recruteur l'a écrite ou la connaît par cœur ; l'entendre récitée ne lui apprend rien sur vous.
- Confondre l'entreprise avec le groupe qui la possède. Une filiale de 40 personnes n'a pas la culture de sa maison mère de 40 000.
- Citer un chiffre sans savoir ce qu'il recouvre. Annoncer une croissance de 30 % sans pouvoir dire de quoi expose à une question de suivi embarrassante.
- Arriver avec un avis tranché sur leur stratégie. Vous n'avez pas les éléments, et cela se sent.
Et si l'entreprise est petite et qu'il n'y a presque rien à lire ?
C'est une chance, pas un obstacle. Quand les sources publiques sont rares, vos questions prennent d'autant plus de valeur, et le peu que vous aurez trouvé sera d'autant plus remarqué. Concentrez-vous sur les fondateurs, sur leurs clients visibles, et sur ce que l'offre laisse deviner de leur organisation. Une PME reçoit rarement des candidats qui se sont donné cette peine.
Ce n'est pas la quantité de recherches qui impressionne un recruteur. C'est le fait que vous ayez relié ce que vous avez trouvé à ce que vous savez faire.
Une fois vos notes prêtes, confrontez-les à l'offre : c'est là qu'on voit si votre profil répond au besoin, ou si vous vous racontez une histoire. Notre article sur ce que cherchent les recruteurs explique ce qu'ils lisent réellement, et pourquoi vous embaucher traite la question qui découle directement de ce travail.